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Bouts de bouts de rencontres en thérapie et autres [imp]pertinences ...

Le plectre

par Benoît Dumont

Elle arrive quelques minutes en retard.

- Je cours partout ces temps-ci, les courses, le travail, les enfants, le sport et je ne me souviens plus de ce dont nous avons parlé la dernière fois… et je n’ai même pas eu le temps de penser à ce que je voudrais vous dire aujourd’hui…
- Vous avez un agenda de ministre mais pas le secrétariat qui va avec si je comprends bien.
- tout à fait !
- Et je me demande si vous placez tous ces moments au même niveau : nos rencontres, vos courses, votre travail, les déplacements pour conduire vos enfants, toutes ces choses pour lesquelles vous courez partout, …
- Non, non, ici je peux me poser et prendre du temps pour moi mais je ne me souviens pas de la dernière séance et vous avez peut-être vos notes ou une meilleure mémoire…
- Pour dire vrai, je relis les quelques notes que je prends après chaque séance avant la suivante. Je ne sais pas si c’est utile mais ça me sécurise. Et donc je pourrais vous proposer de reprendre ou nous en étions mais, si vous voulez bien, j’aimerais vous raconter ce qui m’est arrivé tout à l’heure. Ça vous va ?
- Bien sûr !
- Merci. En me promenant dans la rue ce midi j’ai vu un plectre au sol, sûrement perdu par son propriétaire qui à cette heure doit encore se demander où il a bien pu égarer son précieux plectre. Les guitaristes ne jettent pas leur plectre, ils y sont attachés, pourtant ils les perdent régulièrement, c’est tellement petit et léger qu’ils ne s’en rendent pas compte et ce plectre-ci est tombé entre les pavés. C’est un plectre de 1 millimètre et le creux entre les pavés ne devait pas faire plus de 2 ou 3 millimètres. C’était assez pour qu’il soit protégé et puisse passer un moment à cet endroit mais je me suis dis qu’il risquait bien d’être chassé par une chaussure, un coup de vent ou un balai. Regardez, je l’ai photographié (je lui montre) Vous voyez, il semble être à l’abri de justesse, de très peu vous ne trouvez pas ?
- (zoom sur la photo) en effet, c’est un peu juste...
- Un peu juste oui…. Et - la comparaison est curieuse - mais c’est un peu le sentiment que j’ai à propos de nos rencontres ...
- Me comparer à un plectre c’est quand même un peu tordu ...
- Hum, oui, dans un sens c’est assez tordu mais je vous parle de nos rencontres pas de vous…
- Nos rencontres sont comme ce plectre ?
- Disons que ce qui m’est passé par la tête en voyant ce plectre c’est que beaucoup de moments de notre vie peuvent être vécus comme des toute petites choses très légères et nous pouvons facilement ne pas y faire attention et ne pas nous rendre compte qu’on les perd malgré qu’on y soit attaché et qu’on ne voudrait pas les perdre. Certains de ces moments ne sont pas à l’abri d’un coup de vent comme une feuille au sol, certains sont à peine protégés comme ce plectre, d’autres peuvent être nettement plus en sécurité mais dans tous les cas nous pouvons choisir de leur donner une bonne place douillette et protégée comme dans une sorte d’écrin que nous retrouverons facilement et … j’aimerais que nous trouvions le moyen de donner cette place à nos rencontres et sur la route, à d’autres moments de votre vie… Qu’en dites-vous ?
- Ça me va !
- à la bonne heure !

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Benoît Dumont