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La psychologie positive : instrument de domination sophistiqué ?

mercredi 29 août 2018

Outre qu’elles constituent un instrument de domination sophistiqué, puisque intériorisé, la psychologie positive et l’idéologie du développement personnel évacuent « la dimension tragique propre à toute vie humaine ». Or la souffrance est souvent à l’origine d’une prise de conscience collective, comme dans le mouvement ouvrier ou les luttes des femmes, et toutes les formes d’émancipation.

Le bonheur se construirait, s’enseignerait et s’apprendrait : telle est l’idée à laquelle la psychologie positive prétend conférer une légitimité scientifique. Il suffirait d’écouter les experts et d’appliquer leurs techniques pour devenir heureux. L’industrie du bonheur, qui brasse des milliards d’euros, affirme ainsi pouvoir façonner les individus en créatures capables de faire obstruction aux sentiments négatifs, de tirer le meilleur parti d’elles-mêmes en contrôlant totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.

Mais n’aurions-nous pas affaire ici à une autre ruse destinée à nous convaincre, encore une fois, que la richesse et la pauvreté, le succès et l’échec, la santé et la maladie sont de notre seule responsabilité ?

Et si la dite science du bonheur élargissait le champ de la consommation à notre intériorité, faisant des émotions des marchandises comme les autres ?
Edgar Cabanas et Eva Illouz reconstituent ici avec brio les origines de cette nouvelle « science » et explorent les implications d’un phénomène parmi les plus captivants et inquiétants de ce début de siècle.

Le malheur et la pauvreté deviennent une question d’échec psychique, et le bonheur ou la réussite une disposition intérieure du moi ». Eva Illouz souligne « l’affinité profonde entre le néolibéralisme et la psychologie positive », qui oblitérent les facteurs sociaux et en font peser sur l’individu l’entière responsabilité de sa situation.

En opposition au courant de la psychologie positive et de son affinité profonde avec le néolibéralisme un autre courant - la philosophie et l’éthique du « care » - table au contraire sur la solidarité et le souci de l’autre.


Happycratie Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies
Par Eva Illouz et Edgar Cabanas.
Directrice d’études à l’EHESS, Eva Illouz enseigne la sociologie à l’Université de Jérusalem et est invitée pour l’année 2018-2019 à l’Institute for Advanced Studies de l’université de Princeton, aux Etats-Unis.
Ses travaux portent sur la marchandisation des émotions et ce qu’elle appelle le "capitalisme affectif". Elle est notamment l’auteure de Les Sentiments du capitalisme et de Pourquoi l’amour fait mal (tous deux parus au Seuil). Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues.

Docteur en psychologie (Université autonome de Madrid), Edgar Cabanas enseigne actuellement à l’université Camilo José Cela de Madrid. Il est par ailleurs rattaché à l’Institut Max Planck, à Berlin. Ses travaux portent sur les usages politiques, économiques et sociaux du bonheur, tel qu’il est aujourd’hui envisagé, conçu et « vendu » par la psychologie, notamment positive.

- Sources : France Culture
- Ouvrage disponible en librarie et en version numérique : http://www.premierparallele.fr/livre/happycratie


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