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La néo-protection du patient selon Madame De Block

source : Francis Martens

vendredi 1er décembre 2017, par Francis Martens

L’Evidence Based Medicine est importante en matière de diagnostic et de procédures de soin ayant fait leurs preuves — notamment dans le contexte des urgences. Elle a le mérite d’éviter les erreurs médicales les plus grossières et de baliser techniquement - plutôt que scientifiquement - un terrain nosographique où chaque situation clinique devrait néanmoins unique.

Dans une évaluation rétrospective récente (parue dans le « British Medical Journal »), des praticiens chevronnés de l’EBM soulignent les aspects positifs de la démarche tout en pointant un risque majeur : celui “d’oublier le patient” en n’ayant d’yeux que pour la cartographie générale des symptômes.

Si cet écueil pose peu de problème dans le cadre d’une perspective purement gestionnaire, il appauvrit gravement le colloque singulier avec le généraliste et s’avère tout bonnement catastrophique en matière de santé mentale : là où précisément l’on n’a affaire qu’à des souffrances individuelles qui peuvent rendre malades plutôt qu’à des maladies standardisées qui font souffrir.

Mais ne soyons pas dupe : la Ministre de la Santé, par-delà son discours, n’a que faire de la qualité des soins. Sous couleur de rationalité clinique et scientifique, elle gère, elle impose, elle économise. Appartenant à une mouvance idéologique qui déteste le service public, elle met en réalité en place une médecine à deux vitesses — là où la Belgique pouvait encore s’enorgueillir d’une médecine publique de proximité très satisfaisante.

Prenons un exemple basique de la néo-protection du patient selon Madame De Block. Une de mes proches avait un rendez-vous, prescrit il y a plusieurs semaines, pour une IRM à l’hôpital d’Ixelles (Bruxelles, réseau Iris-Sud). Il y a huit jours, on lui téléphone pour annoncer que l’examen prévu est annulé et qu’elle devra prendre contact – si elle veut son IRM - avec le lointain hôpital Bracops à Anderlecht. En effet, la Ministre de la Santé interdit désormais à l’hôpital d’Ixelles de pratiquer encore ce genre d’examens — sous prétexte de rationalisation géographique « aux fins d’améliorer la qualité des soins ».

Maillon du réseau Iris Sud, l’hôpital d’Ixelles n’a rien d’une petite clinique de quartier. Récemment reconstruit, il constitue un des pôles médicaux les plus actifs de Bruxelles. En réalité, il s’agit d’économiser quelques sous en limitant les IRM, plus coûteuses que les radiographies et pas toujours nécessaires - mais inoffensives au niveau radiations - au profit d’examens radiologiques meilleur marché aux effets potentiellement délétères.

Voilà comment se conçoit, dans l‘opacité du cabinet De Block, le bien des patients et la qualité du Service Public.

Francis Martens


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